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    Les meurtriers des vieux

              Il y a celles qui veulent liquider les vieux,
              Il y a ceux qui les préfère, car ils sont sadiques dans l'âme et peuvent tuer une amitié, pour les défendre. Il y a  moi qui ouvre les yeux, et méprise leur entente misérable.

    Zébrures du temps

     

    Quel bonheur, toutes ces vagues du temps, ces grands remous qui rafraîchissent et révèlent. Ainsi des voyageurs ont traçé leurs sillages, sans plus de tergiversations. Et le départ révèle. Sur le rivage sont restés des reflets. La raison si patiente de l'une, l'excès éruptif de l'autre. Combien il faut partir léger! Combien les présences ont brouillé leurs traces. Mais restent au coeur.

    La reine d'Espagne, en son palais, s'exalte de la découverte des explorateurs. Ce départ était sa plénitude. Le triomphe de leurs volontés.

    Car le courage de la volonté est la vertu la plus haute.

     

     

    Urgent

                  
                     Deux femmes, handicapées mentales,ont été envoyées,
                     bardées d'explosifs, dans un marché d'Irak.On les a
                     fait éclater avec un dispositif à distance.
                     Quelle bêtise chez les auteurs, si bien dénoncée par
                     Oriana Fallaci, dans son livre "la rage et l'orgueil"
                     (Plon). Ils se tuent entre eux. Et ils n'ont même pas 
                     encore inventé les automates.
                     Tout entiers pris dans leur mot-à-mot destructeur, leur
                     b.a.-ba d'aanalphabètes, la barbe longue et les idées
                     courtes,ils ne laissent penser à aucune lutte de libération,
                     mais à leur volonté de nourrir avec de plus en plus de sang,
                     leur dieu assoiffé de massacres.
                     (Comme celui des Bouddhas, nos sourires béats, pourraient
                      hélas, se creuser d'abominables blessures, demain.) 

    Ecrire avec

                     On peut écrire avec tout, s'inscrire avec
                     un pinceau dans la bouche, un stylo entre
                     les doigts de pied, et même avec les
                     clignements des paupières.
                     Sur n'importe quel support, du sable au
                     granit,l'écorce d'un arbre, le ciel avec
                     une fumée.
                     Avec n'importe quelle écriture, existante
                     ou inventée.
                     Pour certains, pour n'importe qui, pour
                     personne.
                     D'un seul élan, avec de multiples hésita-
                     tions, repentirs, ratures.
                     ( Laissons de côté, tags, piercings, tatouages.
                     qui sont images internes, obcénités.)
     
                     L'écriture est savoir appris, depuis la joie
                     des lignes et des cercles hésitants,de plus
                     parfaits, jusqu'à la recherche torturante de
                     l'inspiration dans une tête vide, un coeur
                     insensibilisé, ou l'ivresse d'un long chemin
                     au moment du point final.
     
                     L'essence initiale, c'est cet incroyable effort
                     de s'arracher, de se jeter avec confiance, le
                     regard de l'esprit particulier, vers ...l'eau,
                     le chemin, la note, la ligne de papier; cette
                     torsion machinale, sans douleur, qui s'étend
                     dans un vide, un recoin de soi-même, dont il
                     faut ouvrir simplement la porte, sans crainte,
                     avec une résolution, qui ne sait ce qu'il adviendra,
                     mais le veut.
     
                     

    Retrouvailles

                                               
                               Musée d'art moderne de la Ville de Paris, 11/1/2008
                     Après une nuit presque blanche, devant les auto-portraits
                     d'Helene Schjerfbeck, je retrouve le sourire de Chantal Juvin-Soler,
                     d'une beauté inchangée. L'une et l'autre, peintres, très proches, la vivante
                     et l'image, non pas la vivante et la photographie. C'est-à-dire
                     que le portrait d'Helene S. est l'image essentielle de la recherche
                     intérieure de Chantal J.-S.Sous mon regard en retrait.Dans ce jeu de
                     reflet,une transfusion de l'instant fait apparaître une essence unique.
                     une figuration vivante en une seule intuition de l'une et de l'autre.
                     Reste la photographie d'Helene S.,l'écume des jours de sa vie,passée,
                     qui ne nous parle pas,malgré l'intensité de son regard. 

    Evénement historique. l'appel de Jean-Marie Coûteaux

                                       
                                                  Le sait-on jamais? Un lieu banal, un amphithéâtre de la Sorbonne, Descartes, un mardi 29 janvier 2008,
                                                  une assemblée de 122 personnes, d'âge moyen, de condition sociale moyenne, tranquille et attentive. Ce fut 
                                                  ce jour-là, à la veille de la disparition d'une nation comme une autre, à la veille de la prise de pouvoir
                                                   par une bureaucratie dictatoriale, que fut lançé l'appel, à la reconstruction de ce pays, sans radio, sans micro.
                                                   Cet évènement prodigieux retombera-t-il dans l'oubli de l'insignifiance, comme le laisseraient prévoir ses aspects 
                                                    microscopiques? Ou bien restera-t-il dans l'histoire, comme le vase de Soissons, ou tout autre évènement,
                                                   aux conséquences incommensurables?Une reconquête incroyable?Alors que nous entrons dans un bas-empire
                                                   dont la durée nous est  inconnue.
                                                  Quelques années, quelques siècles? Un lent effritement, ou bien la bombe? La tentation de l'ignorance?
                                                   Et pourtant cet appel né d'un grand désespoir, a pour lui l'évidence de l'unique solution, dans le refus et la lutte
                                                   contre la soumission. 
                                                      

    Les mouches

     
     
    LES MOUCHES
     
    Il y a la mouche-guêpe qui fond sur moi en vrombissant
    Elle menace et par un étrange pouvoir, ses piqures possibles sont multiples,
    Renouvelables à l'infini. Elle ne partira pas par la fenêtre.
    Quand elle n'attaque pas, elle se tient dans une rainure du plancher, invisible. Je dois être vigilante, me protéger,
    Sans pouvoir la tuer. Cette mouche est éternelle. Eternellement Maléfique!
    Il y a la mouche-bacchante, vêtements en désordre, cheveux embroussaillés.
    Sa figure de baccante est intermittente. Mais je sais bien que ce n'est pas une très grosse mouche normale.
    Elle porte tant de vermine que je vomis quand je la vois.
    Je dois lui fermer portes et feêtres. Mais elle m'attend au tournant.
    Elle a découvert mon refuge. J'y crains, tristement, ses assauts de femelle, ivre,
    au regard égaré. Elle se frotte goulûment aux humains spermatiques.
    Comment la détourner, vers des lieux aux odeurs alcooliques.
    Comment l'égarer loin de mon refuge?
    Cette fine mouche serait sur le point de devenir papillon.
    Certains humains croient voir en elle cette beauté future.
    En vain, et à leurs dépens.
    Car elle pique et puis elle ronge.
    Son sourire est enjôleur,
    Ses regards aimantent.
    Mais elle est griffue et insatiable.
    De toujours de nouvelles proies
    Son venin ne tue pas, mais il arrache les larmes.
    Mouche parmi les mouches.
    Il me faudra fuir dans les eaux, dans les glaces.
    Ou bien trouver le poison anti-AVA, l'anti-EVE tueuse.

    Le respect de Jean Baudrillard

    Comment penser en ce siècle; quelques citations; la négation et le silence.
     
     
     

    Comme de s'aventurer à marcher sur du gravier

                                                              
                                                C'est le départ pour la merveilleuse rencontre. On cherche la beauté et la générosité, qu'on place dans son
                                                 panier.
                                                 Bientôt le jardin, la clairière, la présence aimée.
                                                 On voit sa grâce et son sourire, son regard qui rend unique. 
                                                 On imagine un coeur à coeur, un âme à âme.
                                                 Et la parole qu'on rêvait de miel.
                                                  C'est d'abord une grêle légère, printaniière.

                                                 Toutes celles, tous ceux dont  a été savourée la chair. Toutes celles et ceux qui ont partagé la chambre, la  couche, les heures d'intimité, les baisers, les calins, les caresses, les ivresses. Le temps s'écoule. la grêle est devenue gravier, petites pierres qui écorchent, blessures d'où le sang coule en silence. On repart, avec un stupide espoir,  lécher ses plaies. on repart avec un sourire de tendresse. et  transformé en être sans vie, sans volume,  exsangue. Le temps que se reforme le rêve de l'inaccessible clairière du temps perdu.   

     
     

    Le plus grand bonheur

     
    Ce fut le plus grand bonheur, contre la plus grande solitude.
    Planant dans le ciel un peu au-dessus du quai, pris dans la courbe du fleuve.
    Marchant dans un miroir d'eau parmi la grâce des architectures.
    Sous les voûtes du CAPC, les objets incendiés, les cendres, les suppliciés, la flamme noire de notre enfer familier, présente dans les livres brulés, les bocaux pleins d'obscurité, une amie morte, autour de nous, avec nous, sa fuite et sa volonté et sa mémoire, parlant plus haut plus ferme que tous les ayatollas.
    La terrasse en labyrinthe, intérieure, ensoleillée, pour son ombre et notre soif.
    Le retour au fleuve, et notre amour du texte.
    Puis la nuit, un détour pour un plafond de bar étoilé comme à Aix.
    Je marchais, je glissais, tu marchais, tu glissais, la plénitude de nos présences indiscernables. Un jour d'éternité. Merci. cela fut, cela sera.

    Arrêter

                    • Arrêter de faire les courses, les listes : les fruits, les légumes, la viande, les fromages, la lessive, le café, vivre une fois pour toutes d'oranges et de chocolat, supprimer les oranges et le chocolat, et les packs d'eau minérale, 9 kilog par semaine, plus de vaisselle.
                    • arrêter de faire le ménage, chiffon, montage et démontage de l'aspirateur, poussières, miettes, cheveux, définitivement invisibles.
                    • arrêter le lavage et le nettoyage : être vêtu de probité candide sans lin blanc.
                    • arrêter de payer et d'être payé: relevé de comptes, facturettes, prélevements, versements, impôts.
                    • arrêter de lire le progamme de la gauche, et de la droite, les gestes, les démarches, les négociations, les conflits, les guerres, de chercher qui a raison dans les lignes d'actes sans fin, gouvernement, opposition, statistiques, relations, déraillons hors-champ.
                    • arrêter les pulsations, les respirations, les absorptions, les évacuations, les circulations.
                    • arrêter présence/absence, amour/vide, chaleur/gel.
                    • arrêter les trains, les bus, les métros, les avions, les horaires et les défaillances.
                    • arrêter les vacances, les loisirs, les promenades et les enchaînements
                    • Sans savoir comment, quand, pourquoi, où.

    Ah la belle personne!

    Monsieur, Madame, Mademoiselle. Non, finis. Pépé et Mémé sont dans un bateau. Non pas la gondole à Venise dont ils ont rêvé quand ils se sont rencontrés, non pas celui du sinistre Charon les conduisant aux enfers bienheureux de l'oubli. Non, c'est un mini-Titanic, qui n'en finit pas de sombrer, avec orchestre ministériel et partitions législatives. "Laissez venir à moi les petits vieux, leurs corps souffrants m'appartiennent". taillables et corvéables jusqu'aux bout de leurs dernier soufle et de leurs dernières économies. sans danger de révolte, avec leur faible dignité impuissante. Non plus des personnes comme vous et moi, mais transformées, compactées en "la Personne". Analphabètes, inaptes, sadiques minables, vous avez trouvé un emploi. Vous ne savez rien faire. Vous n'êtes plus au chomage. Heureux vieillards, non plus confinés dans des réserves, où disparaître très vite; maintenant on vous conserve. En France on n'a pas de pétrole, mais on a des idées, disait-on. On proclame maintenant qu'on n'a toujours pas ni gaz, ni pétrole, mais des vieux réutilisables, recyclables. La ressource ultime, garantie "made in France", La Personne, car tous ces vieillards ne sont plus personne, ni monsieur, ni madame, ni mademoiselle, mais Pépés et Mémés, machines  aussi ignoblement utilisées, comme des oies, pour leurs foies, ou des bonsaïs pour leur supplice, machines à créeer de l'Emploi... 

    Goethe, Voyage en Italie

     Goethe, parti de nuit, incognito, pour l'Italie, retrouve dans la solitude du voyage une inspiration heureuse et sage renouvelée :
     "Ce que j'ai pu déjà remarquer auparavant dans la vie: l'homme qui veut le bien doit être en face des autres aussi actif et se démener autant que l'égoïste, le mesquin et le méchant. On le voit bien, mais il est difficile d'agir dans cet esprit."
    "J'ai aussi nombre de pensées et d'idées nouvelles; étant laissé à moi-même, je retrouve ma première jeunesse jusque dans ses plus petits détails."
     

    Contre les éditeurs

    En cette année 2007, la lamentable invasion de l'édition par le marketing semble presque achevée. phrases courtes, pas plus de 120 pages, un auteur slogan-bannière politico-culturelle, le vide devient toujours plus proche. Un énorme paquet de mots, le best-seller de l'année, et des myriades d'opuscules qui ne sont pas des opus, aussi vides que des journaux gratuits, avec des nouvelles des enfances innombrables, au vocabulaire restreint, banalités trop minces pour que cela devienne un style. Qui a dit que lorsque une profession se féminise, elle entre dans la banalité et la médiocrité; par hasard, l'édition en cette année, en France. Ailleurs, de grandes écrivaines, en France, de petites gribouilleuses, courte-vue, idées courtes, une étiquette académique floue, dans le fond, dans le bas-fond, pourrait-on dire. La belle école française que voilà.!

    Voyage et pressentiments passés

    Ravage et ruine, dissolution des formes ne recomposant que le néant. Douleurs de la mort non plus présente, ni choisie, mais à venir, en acte, un furet aboyant et grondant aux portes. tant de peine à venir et aucune amitié n'établit de murailles, aucune enfance, sinon quelques instants.
    Secousses du dessèchement, et l'amour badigeonne dans l'impuissance et l'inachevé la décomposition nauséabonde. Ahimé.

    Contre les universitaires

    Bavardages et rabâchages sont les deux mamelles des universitaires. Il faut dire que plus bas les pieds sont de plomb ou d'argile. Recette: un beau paquets de fiches. Notez les références, autant que possible justes, mais des exceptions sont possibles, il y a d'illustres exemples d'aimables fantaisies! Lorsque le paquet des opus cités vous semble suffisant, pour le format de la collection, pour le nombre de signes payables par l'usurier-éditeur, mélangez, vous rangez, selon votre plaisir logique, vous obtenez un beau pâté d'alouette, l'alouette, c'est le héros universitaire, habile à la truelle pour poser les liants entre ces pierres, ces briques, ôtées, en pilleur, à leurs auteurs. Une très honorée activité. Au dernier moment, supprimez quelques liens, en spécialiste du maquillage, une source inépuisable de questions et de commentaires. Comme il est rassurant, ce tissage, un peu de Platon, un peu d'Aristote, un peu de Spinoza, ah,ah, un ou deux oubliés pour l'originalité, et sagement jusqu'aux contemporains, avec prudence. Comme il est rassurant ce bonheur d'une sécurité de penser, ce refuge bien énoncé. Et pourtant I tell yu, I tell you, that we must die! Et pourtant ces petits restes, ces miettes d'idées, de style, nous donnent un petit plaisir. 

    Hôpital des enfants

    L'envers de la santé de l'humanité parfaite. Tous ces enfants abimés, yeux, membres, oreilles, corps souffrant tout entier, par accident ou par maladie, entrent et sortent de l'hôpital dans une noria désolante; les fleurs des plates-bandes s'épanouissent en cet été régnant. Les nuages parfaits courent dans le ciel et, en bas, les petites fourmis essayent de se sauver, sans rime ni sens. Le vouloir-vivre recouvert d'une trame d'affections et de raisons de l'humanité naissante et souffrante court dans les allées entre les pavillons de brique, ephémères silhouettes blanches, familles coagulées, qui s'insèrent dans les invisibles souvenirs innombrables, poussière de douleur qui émane ds architectures usées.

    La tache absente

    Une femme de ménage égarée et qui monologue cherche dans le couloir du vieil hôpital aux hideuses dalles de plastique irrémédiablement abimées, nouvelle lady Macbeth, une tache de café qu'elle aurait oubliée. Elle se désole de ne pas la trouver. Elle soupçonne une brimade: une vraie désolation sur une tache absente qui met en cause son honneur et la qualité de son travail. Une petite tache qui, absente, s'étend et envahit toute sa conscience, bien plus importante par son absence que par sa présence qu'elle aurait maitrisée en la nettoyant. Ainsi de ce Dieu qui envahit les consciences par son absence. Ainsi de toute absence qui pèse et se dilate sans mesure dévorant la joie possible des mirages du présent.

    A autiste autiste et demi

    Eh bien ci siamo! Quand on sait tout, quand tout n'est rien, rien du tout, aussi bons acteurs l'un que l'autre, on se parle, pour ne rien dire, c'est tout. En-dessous la machine infernale, comme un tank aux chenilles de lames de rasoir, les coups au coeur, les coups du coeur qu'on ressent sans les entendre. petites têtes de tortue, petits escargots so-li-tai-res, à jamais, mort-nés, obligés à la vie. Toutes les représentations et toutes les volontés. la vie gagne son espace, la mort, qui s'approche, s'éloigne dans sa minuscule insignifiance. A quoi bon? tant de pleurs? Aragon: "Et si je tenais bien mon rôle, c'était de n'y comprendre rien?" ou Tout.

    La tricoteuse cardiaque

    Elle entre dans la salle d'attente d'un pas sûr. Elle s'assied dans l'un des petits fauteuils rouges modern style tout neuf avec son allure de matrone. Elle sort aussitôt de son sac ses pelotes de laine bleue et ses aiguilles, qui se mettent à cliqueter très vite. Oui, c'est un morceau de layette. Elle a sa méthode pour ne pas se tromper dans les diminués. " Cette hâte, elle est bientôt grand-mère?". "Non, c'est pour l'enfant d'une amie." Elle est obligée de tricoter, elle ne s'arrête jamais. Elle ne lit plus, elle ne peut pas s'en empêcher. Alors que ça serve à quelqu'un. C'est bientôt son tour d'entrer dans le cabinet du dentiste. C'est vital pour elle ces soins. "Le coeur". Après son opération qui a dévié veines, aorte, artères, toute infection peut être fatale. "Oui, l'opération a été très importante." Elle s'embrouille dans ses vaisseaux. Et elle tricote, tricote frénétiquement avec le désir inexprimé de parvenir à un réseau parfait, les flux de son sang bien entrelacés comme les mailles de son ouvrage interminable.